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Internet, plaque tournante de l’esclavage moderne

Internet, plaque tournante de l’esclavage moderne

La semaine dernière, je me suis inscrit sur différents sites américains pour freelances. Ils fonctionnent un peu comme eBay, sauf qu’on y vend des services, et ce sont les vendeurs qui enchérissent.
Concrètement, les employeurs postent un projet qu’ils souhaitent faire réaliser. Les prestataires de services freelances peuvent ensuite enchérir sur le projet, en proposant leur prix pour la réalisation du projet. Ce n’est toutefois pas le prix le plus bas qui l’emporte. L’employeur compare proposition ET portfolios ou historique des prestataires pour faire son choix.

Sur le papier, ce système est génial. Il permet de dynamiser le secteur de l’emploi. Télétravail, suppression du transport des employés et de ses conséquences en terme de pollution et de temps perdu, réduction des coûts pour les entreprises (poste de travail en moins, paiement uniquement à la prestation), etc…

Dans la pratique, on se rend compte que ce système va nuire de plus en plus aux freelances des pays occidentaux comme la France ou les Etats-Unis, car ceux ci sont exposés directement à la concurrence venant des pays à bas coût.
Pour tout type de prestation, on trouve régulièrement des propositions de réalisation à 7$ de l’heure (soit un salaire de 780€ mensuel si on ramène ce chiffre à 40h de travail par semaine). Eternel problème de l’offre et de la demande, il n’y a rien à redire contre ce système capitaliste mais « juste ».

Ce qui m’a par contre troué le derrière, c’est l’annonce postée par un employeur suisse sur Elance.com :

Recherche personne parlant FRANCAIS pour du marketing…

Pour mon site Français, je recherche une personne parlant et écrivant très bien le français (excellente orthographe) pour promouvoir mon site internet sur facebook.

Les taches principales seront de:
– créer des comptes
– inviter des amis très ciblés dans des régions ciblés
– Poster quotidiennement des messages marketing sur les murs des comptes.

La personne peut être formée sur la méthodologie de travail.

Je cherche une personne sérieuse et disponible à plein temps (40h/semaine) pour une période indéterminée (plusieurs mois). J’utiliserai un programme de vision de votre écran pour vérifier la qualité de votre travail quotidien.

La localisation de la personne n’a aucune importance. Je recherche quelqu’un de très bon marché, mais discipliné sur les heures de travail.
——————————————
Added 6 MAR 2011, 22:26 PM EST
Veuillez m’indiquer votre salaire net MENSUEL désiré. Je recherche des profils sérieux à très bas prix (entre 200$ et 500$ par mois)

Je peux effectuer le virement par n’importe quelle méthode de paiement.

Desired Skills : Sales Writing, Web Content, French Translation, Blogs, Online Writing

Ce qui est sidérant, ce ne sont pas les propositions à bas prix issues de ces pays en voie de développement. Ils tentent leur chance, pour un salaire correct dans leur pays et utilisent les outils internet mis à leur disposition, ils ont raison.
Non, ce qui est choquant ici, ce sont les mots employés par ce type pour formuler sa recherche. Peu importe la qualité, il souhaiterait payer 200$, soit 141€ par mois pour un employé à plein temps, et assez qualifié car il doit parler français et doit s’y connaître en e-marketing.
C’est même en dessous des tarifs qu’on peut constater en Chine, qu’on qualifie pourtant « d’Atelier du Monde » grâce à ses prix imbattables. Le salaire mensuel d’un employé chinois est de 163 Euros en décembre 2010, d’après les chiffres publiés par le gouvernement.

Je ne sais pas si cette annonce a été passée par l’infâme Jacques Séguéla, auteur d’une polémique suite à ses propos en janvier dernier : « Le salaire moyen d’un Chinois c’est 10% du Smic et ils sont heureux ». En tout cas, elle a tout de même recueilli plusieurs propositions de prestataires, issus des pays suivants : Cameroun, Maroc, Portugal, Ghana, Haïti et USA ! Notre ami Suisse va sûrement trouver sa perle rare.

La délocalisation des services est enclenchée

Il y a 15 ans quand je débutais dans la 3D, je sortais tout juste de l’école et déjà dans ce jeune métier, on commençait à produire à la chaîne puisque quelques grosses sociétés françaises (Mac Guff, BUF…) regroupaient en batterie des centaines d’infographistes hyper qualifiés (Bac + 4) pour un SMIC de misère. On y produisait de l’animation 3D pour les jeux vidéos ou le cinéma à très peu de frais finalement. C’est d’ailleurs ce qui m’a fait changer de voie.
Aujourd’hui, ces infographistes 3D sont sûrement livreurs de pizzas ou téléconseillers, car la plupart de ces ateliers ont été délocalisés en Chine ou en Inde. C’est là-bas que tous les films 3D sont produits, et la profession d’infographiste 3D en France n’aura vécu que 10 ans…

Difficile de lutter, mais c’est l’effet direct de la mondialisation. Les médias pointent souvent du doigt les délocalisations industrielles de grands groupes français ou européens. Pourtant, la délocalisation des services prend une proportion de plus en plus importante, et d’une façon très insidieuse puisqu’elle ne touche pas des groupes de centaines d’individus, et ne requiert pas de déplacer physiquement des machines et des hommes.

Tout type de service pouvant être réalisé via internet, et quelle que soit la formation requise, peut sans aucun doute être délocalisé pour en réduire ses coûts, et cela beaucoup plus facilement que pour déménager une usine entière !
Alors si j’ai un seul conseil à donner à des lycéens ou étudiants qui se demandent quel métier choisir et comment s’orienter, je leur dirais d’abord de vérifier si leur choix est facilement « délocalisable » techniquement. Si oui, évitez soigneusement cette profession…

Tous les nouveaux métiers de l’internet, comme les Community Managers, les spécialistes en SEO ou en HTML5 vont certainement subir la même loi. Des milliards de chinois et d’indiens, vont être formés à ces techniques et à nos langues, et pourront proposer les mêmes prestations pour dix fois moins cher.

Comment résister à la délocalisation des services ?

La marge de manoeuvre reste étroite. Beaucoup de sociétés françaises se tournent vers le luxe, quel que soit leur secteur. On pense que produire du luxe ou rendre des services luxueux est plus difficilement délocalisable.
Pas faux. Mais d’une manière plus générale, j’aurais tendance à dire que c’est la qualité, voire la perfection, qui sont difficilement exportables dans les pays low cost. Et celà est d’autant plus vérifiable pour nous Français, car notre langue est une véritable barrière contre une bonne partie de la concurrence. Difficilement assimilable par les étangers, elle est souvent source d’incompréhension si le prestataire externe ne la maîtrise pas parfaitement.

Et même dans les cas où il est possible de se comprendre, il reste souvent dans ces pays une culture approximative de la qualité de service, bien éloignée de celle des Français par exemple. Rien qu’en Bulgarie où je vis depuis 9 ans, je vois déjà une énorme différence dans le respect du client par rapport à la France.

Et j’ai également déjà testé Elance trois fois en tant qu’employeur, pour de la programmation PHP ou Ajax que je ne maîtrise pas dans mes sites. La communication s’est faite en anglais, avec des prestataires de 3 pays différents.

Le premier, un freelance roumain, a répondu à mon cahier des charges, mais après avoir pondu 2 scripts qui ne correspondaient pas exactement aux fonctions demandées. Il a toutefois fait preuve de bonne volonté et a effectué les corrections jusqu’à obtenir ce que le cahier des charges demandait. J’en ai donc gardé un souvenir positif.

Le deuxième est un programmeur ukrainien (on se déplace vers l’est) qui m’a promis de tout faire, très simplement. Il répond oui à toutes mes questions, tout ce que je veux, il va le faire…un jour. Car il promet une date, mais ne tient pas le délai. Passé une semaine, j’essaie de lui tirer un peu les oreilles. Il me raconte à chaque fois des histoires délirantes : plus d’internet, trop de boulot avec son job régulier, ou tout simplement pas d’excuse du tout, juste la promesse qu’il va le faire bientôt.
Au bout de 3 fois, on finit par comprendre qu’on ne représente pas une priorité pour lui, et qu’il garde notre projet sous le coude au cas où il aurait un moment de libre. J’ai donc tout annulé, et demandé le remboursement. Là aussi, il m’a promis de rembourser mais ne l’a jamais fait. Heureusement, une petite plainte Paypal a résolu le problème, avec un avertissement sur son compte en prime.

Le troisième prestataire, c’est la cerise sur le gâteau. C’est celui qui m’a fait changer d’avis sur les prestations low cost. Pour le développement d’une grosse fonction de filtrage en Ajax dans mon site ecommerce, une société indienne fait le forcing pour se démarquer de toutes les autres offres que j’ai reçues, et s’adapte à toutes mes exigeances, quitte à baisser ses tarifs vraiment très bas sans que je demande quoi que ce soit. Difficile de dire non, alors j’ai accepté l’offre.
S’en est suivi alors un mois de galère, d’énervements, d’incompréhensions, pour finir par des menaces et une annulation/remboursement du projet.
Pourtant, je ne suis vraiment pas contraignant, j’accepte sans problème des dépassements de temps ou de budget s’ils sont justifiés. Mais il faut que le boulot soit fait !
Et là, rien à faire. Les types ne comprennent rien au projet, j’ai dû rédiger 3 fois le cahier des charges avec des mots simples comme un livre pour un gamin de 6 ans. J’ai fourni des dizaines de captures d’écran, passé des heures à chater sur Skype, et même à parler de vive voix avec leurs différents membres à l’anglais incompréhensible (pire que le mien, si si) pour finir dans un cul de sac. Ils n’arrivent pas à comprendre que je veux un simple filtre Ajax à 3 critères. C’est quand même pas compliqué, bordel ! Projet annulé bien évidemment.

Finalement, tout n’est pas si noir pour les freelances occidentaux, du moins pour le moment. Tant que le service ne suivra pas, les prestataires low cost auront encore du mal à attirer les clients vers eux.
Mais tout peut changer dans un sens comme dans l’autre. Le niveau de vie des pays émergeants augmente si vite, que d’ici une dizaine d’années, nous pourrions finir par représenter des solutions low cost pour eux…

En attendant, pour ceux qui cherchent un prestataire freelance, réfléchissez deux fois avant de confier votre projet à ce type de prestataire, car au final cela pourrait vous coûter beaucoup plus cher qu’avec un prestataire local.

Et pour tous les indépendants, qui galèrent bien souvent, rappelez-vous qu’ils ne pourront jamais délocaliser votre cerveau et ce qu’il contient ! Réflechissez et exploitez vos idées, elles sont irremplaçables !

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7 thoughts on “Internet, plaque tournante de l’esclavage moderne

  1. Tout à fait d’accord avec toi pour la dernière partie, mais il y aura toujours des gens pour accepter de travailler moins cher que d’autres.
    Au client de savoir choisir entre le « pas cher pas bon » et le « bon prix bon service »!

  2. On est d’accord Yannick, en espérant que peu de clients raisonnent comme notre ami Suisse, en se disant que pour le prix d’un freelance français, ils peuvent se payer 5 petits indiens.

    Car au final, le travail médiocre de 5 personnes n’équivaut pas au boulot parfait d’une personne. C’est en tout cas ce que j’ai pu constater comme indiqué dans mon exemple.

  3. Bonjour,

    Si vous êtes en Bulgarie pourquoi ne pas utiliser des sous-traitants locaux ? Et si vous l’avez fait quel est votre retour d’expérience ? Je souhaite le tenter en Lettonie.

    • Bonjour,

      Les Bulgares sont très sympas, sinon je n’habiterais pas chez eux depuis si longtemps.
      Il faut par contre reconnaître qu’au niveau du service, ils ne sont vraiment pas fiables.

      Et cela à tous les niveaux, du vendeur de pizza à l’ingénieur en passant par la baby sitter. Le coup le plus fréquent : disparaître du jour au lendemain sans même vous donner d’explications. Ca m’est arrivé plus d’une fois (baby sitter et graphiste).

      Quand on vit ici, on finit par s’y habituer. Mais pour un projet venant de France, je vous déconseille.

      Dernier truc sur la Bulgarie : la culture « freelance » n’existe pas. Tout le monde est employé, ou sans emploi.

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